Lviv, entre deuil et colère contre le Donbass

Au cimetière Lychakivs’ke, à Lviv, en Ukraine occidentale, une section accueille depuis peu les soldats tombés au combat dans le Donbass, à l’est du pays. Elle est aménagée sur le site même du mémorial aux combattants de l’UPA, le mouvement insurrectionnel antisoviétique des années 1940-1950. C’est donc côte à côte que les héros d’hier et d’aujourd’hui se reposent dans la mort. Ils se seraient passé le flambeau dans ce combat pour la souveraineté de l’Ukraine, remise en cause hier par l’URSS et aujourd’hui par la Russie.

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Onze tombes. Onze croix en bois. Onze portraits de soldats, originaires de Lviv. Sur certaines photos, des jeunes garçons à peine majeurs. Des couronnes de fleurs de la part de leurs familles et leurs amis. Des mots d’adieux de la part de leurs veuves esseulées. Des visiteurs s’arrêtent, se recueillent, font un signe de croix. Une mère inconsolable en deuil pleure son fils.

La guerre et son lot de victimes radicalisent, au fur et à mesure que de nouveaux cercueils arrivent à Lviv et sa région. Des discours de rancœur et de colère sont ici nombreux contre ceux qui fuient le Donbass, à feu et à sang, et qui viennent chercher refuge par ici, au pays des « banderovtsy ». Les gens du Donbass seraient des fainéants et des profiteurs. Ils refuseraient de s’engager dans l’armée et de défendre leur pays. Et ce sont les gars de l’Ouest qui en paient, comme toujours, le prix.

Pour ce qui est de l’avenir du Donbass, il aurait fallu le laisser partir encore au printemps, s’en séparer une fois pour toute car c’est un territoire trop différent. Or, maintenant que la guerre est allée trop loin et qu’elle a traversé tant de vies, il faut résister jusqu’au bout. Surtout ne pas céder face à Poutine. Le cessez-le-feu, on n’y a pas trop cru par ici. « Mon mari a été tué sur le Maïdan, alors qu’un cessez-le-feu était déclaré. Ce n’est qu’une illusion. Comment puis-je y croire après tout ce qui s’était passé ?» dit la femme d’un combattant tué par un tir de sniper le 20 février dernier et au repos éternel ici même, à Lychakivs’ke.

Le gros des efforts de solidarité va, du coup, vers l’armée, les soldats, qui combattent au front ou qui sont blessés. Comme partout ailleurs, on procède par des cercles de proches, d’amis et de connaissances. La méfiance vers l’institutionnel est trop grande. On collecte des fonds, on achète des munitions ou des vêtements d’hiver pour des bataillons de volontaires, où des amis s’étaient faits engagés, ou encore pour des régiments de l’armée basés habituellement à Lviv.

L’empathie sociale envers les déplacés du Donbass, pourtant forte encore au printemps, s’est en conséquence, brisée. Difficile de louer un appartement, lorsqu’on a la propiska (enregistrement) de Donetsk. Certains propriétaires prient même les rescapés de l’Est de ne pas les déranger. Difficile de trouver un emploi, alors que l’image de sous-homme leur colle à la peau. Les ONG, telle la section de Crimée SOS à Lviv, sont les rares à assister ces quelques 2300 personnes déplacées du Donbass (sur 5800 officiellement enregistrées à Lviv). Autant de situations d’assez mauvaise augure pour une éventuelle réconciliation. La distance paraît insurmontable.

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