Novoalexandrivka : des civils coupés du monde extérieur

Quelques têtes pointent à l’horizon, puis des silhouettes d’hommes et de femmes émergent des arbustes et des roseaux. Ils avancent, les uns derrière les autres, bottes en caoutchouc aux pieds. Certains poussent d’une main une bicyclette. D’autres tirent un chariot pliable de course. Ils ont l’air de ceux/celles qui sortent d’un autre monde : la mine hagarde, les traits creusés, l’âge indéfinissable. Ils s’approchent d’un barrage improvisé par l’armée ukrainienne sur une route de campagne, à la sortie de la ville de Popasna (région de Louhansk). Ils présentent leurs papiers d’identité, passent le contrôle, puis forment une file d’attente devant le minibus de Vostok SOS, une ONG d’assistance aux civils de la zone grise à l’Est de l’Ukraine.

Novoaleksandrivka_Live_Ua_Map

Ils sont du village voisin de Novoaleksandrivka, à quelques deux-trois kilomètres de là. Il y a trois ans, ce fut un lieu-dit d’une bonne cinquantaine de maisons. Aujourd’hui, à peine vingt tiennent encore, abritant vingt-six personnes. Le village échappe au contrôle tant des troupes ukrainiennes que séparatistes et subit des bombardements réguliers en plein cœur de la zone grise.

Aucun transport en commun ne relie Novoaleksandrivka au monde extérieur. La bicyclette est le seul moyen de locomotion pour ceux/celles qui ont encore les forces de pédaler. Leurs allées et venues sont cependant soumises à un contrôle d’identité, d’après des listes compilées par les deux parties au conflit. Du côté ukrainien, l’entrée du village est interdite. Même les bénévoles ou les humanitaires rencontrent des difficultés pour y aller. Seule la mission du Comité international de la Croix rouge (CICR) s’y est déjà rendue à quelques reprises, mais du côté séparatiste.

En cette fin avril 2017, les militaires ukrainiens responsables du secteur nous interdisent l’entrée du village. « On est trop proche des avant-postes séparatistes. Dès qu’ils vont vous apercevoir de l’autre côté, ils vont vous tirer dessus », nous lance un chef brigadier. C’est pour cette raison que nous improvisons une distribution de l’aide humanitaire près d’un barrage de l’armée.

Il n’y ni gaz ni électricité à Novoaleksandrovka depuis déjà trois ans. Donc aucun moyen de faire marcher des appareils électroménagers, gros ou petits. Beaucoup s’éclairent le soir à la bougie ou encore, certains, à la torche électrique. Pas de magasin au village non plus. Pas de livraison de pain. Les locaux vivent, comme beaucoup d’autres civils de la zone grise, de la culture du potager ou de l’élevage de petit bétail. La solidarité entre voisins assure la survie des plus âgés ou des plus mal en point : ceux qui se déplacent en bicyclette font des courses pour eux à Popasna, en empruntant un sentier en pleine zone marécageuse. Mais lorsque les hostilités reprennent, même ce chemin-là peut être bloqué.

Il ne reste plus de familles avec enfants à Novoaleksandrivka. Parmi les restants, la plupart sont des retraités, mais il y a aussi quelques couples plus jeunes à l’instar de Lena et de son mari, la quarantaine fringante tous les deux. En juillet 2014, ils ont fui Pervomaïask avec leurs enfants, 12 ans et 6 ans, en laissant derrière eux deux appartements, un atelier de couture et un point de vente. Ayant trouvé refuge dans une maison de campagne à Novoaleksandrivka, ils se sont lancés dans l’élevage de chèvres et ont même investi, en empruntant de l’argent, dans la fabrication de fromage frais. Les mouvements de la guerre ont pourtant vite mis à mal leur nouveau projet, les obligeant à déménager à Popasna, plus éloignée de la ligne de contact, mais exposée quand même à des tirs réguliers. Inconcevable cependant pour Lena et son mari de perdre ce gagne-pain. Et tant pis pour les bombardements. Ils se relayent toutes les 24 heures à la ferme : pendant que l’un y travaille, l’autre est avec les enfants à Popasna. C’est leur façon à eux de se départager les risques et les obligations.

Lors de notre visite, c’est au tour du mari de Lena de travailler à la ferme. Il ne vient près du barrage que pour récupérer leur colis alimentaire. Il échange avec sa femme des fromages confectionnés contre des torches électriques nouvellement rechargées, et repart aussitôt. Lena, qui assure le lien entre bénévoles et locaux, reste, elle, discuter. Un fatalisme glaçant ressort de ses propos lorsqu’elle nous raconte son parcours jusqu’au village : « C’est comme si les snipers jouaient avec nous lors de nos déplacements. J’ai peur à chaque fois. Mais je n’ai pas le choix. Je marche, tenant mon vélo d’une main, et j’entends les balles siffler. Dès que l’une passe tout près “piaw !”, je me baisse. Puis, je me relève, lance tout doucement “chiche ! tu ne m’as toujours pas eue” et je reprends mon chemin ». À défaut de pouvoir maîtriser elle-même ses allées et venues, Lena s’en remet à la Providence ou encore au Seigneur : « On ne peut rien contre le destin », ne cesse-t-elle de répéter, ou encore « tout ne se fait que par la grâce du Seigneur ».

D’autres habitants de Novoaleksandrivka nous font part, à leur tour, de la fatigue des bombardements. « Des boums, boums, non-stop. À peine j’ai le temps de réparer un trou dans ma toiture, qu’un projectile vient en faire un autre », nous raconte Nikolaï, retraité, lui aussi de Pervomaïask. Comme Léna et sa famille, il a fui la guerre en été 2014 pour Novoaleksandrivka et la maison familiale. En apercevant Nikolaï dans la file d’attente, l’un des bénévoles nous glisse « Ce petit vieux, je me souviens de lui. Il a pris un sacré coup. Lors de notre passage, il y a six mois, il avait meilleure mine ». Nikolaï poursuit son récit la culture en zone de conflit : « J’ai planté des petits pois. Les éclats ont tout cassé. Cinq mines restent couchées dans mon potager. Je ne sais pas comment je vais cultiver cette année. L’autre jour, j’ai proposé à l’un des gars de l’OSCE venus chez nous d’aller voir mon potager. Il a rigolé, mais n’a pas osé ».

Malgré ces conditions, chacun se donne, tout comme Lena, une raison de rester. Certains mettent en avant le « devoir de rester » pour s’occuper de leurs proches ou de simples voisins âgés, malades et/ou immobiles. D’autres insistent sur ce sentiment d’inutilité et d’abandon : des « qui aurait besoin de nous ? » ou encore « qui nous attend ailleurs ? » reviennent comme un mème à chaque discussion. Enfin, il y a cet intense attachement à sa terre et à son chez-soi. Un enracinement profond qui exclut toute perspective de départ pour des jeunes comme Lena et son mari, mais surtout pour des personnes âgées. Léna nous raconte l’histoire d’un voisin, Grigoriï Vasil’evitch, 83 ans, malade, immobile depuis peu et ayant besoin de soins. Il refuse de quitter Novoaleksandrivka et attend chez lui la mort approcher. Il a peur que, s’il accepte de partir, de ne plus jamais retourner et surtout de ne pas être mis en terre, conformément à ses souhaits, aux côtés des siens, au cimetière du village. En effet, la dépouille d’une voisine, hospitalisée il y a quelques mois à Pervomaïsak et décédée sur place, n’a pas pu être rapatriée.

Ayant récupéré leurs colis ou encore celui d’un voisin, les gens de Novoaleksandrivka les attachent à l’arrière de leurs bicyclettes, s’attardent sur place, discutent un peu, puis s’apprêtent à reprendre le chemin du retour. Une femme s’inquiète : « Si nous avançons tous en groupe, ils vont trouver ça louche et nous tirer dessus, non ? ». À Léna de la rassurer : « T’inquiètes ! Ils nous observent tous les jours et nous reconnaissent parfaitement à nos silhouettes ». Et ils s’en vont par petits groupes de deux ou trois personnes. Nous voyons leurs silhouettes s’éloigner pour finalement disparaître de notre vue dans des arbustes et des roseaux. Nous nous interrogeons, le cœur lourd, combien répondront à l’appel lors d’une prochaine visite des humanitaires.

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À Katerynivka, dans la zone grise

Katerynivka, dans la région de Louhansk, un lieu-dit de quelque 300 habitants (plus de 500 avant le conflit armé), étendu sur neuf kilomètres et proche de la ligne de contact. Une ligne mobile tracée, ici comme ailleurs, au gré des combats entre l’armée ukrainienne, qui contrôle une grande partie du village, et les troupes séparatistes à ses abords immédiats.

Carte_liveUaMap
Source : carte de LiveUaMap

Pour accéder à Katerynivka, on passe d’abord un poste-frontière aménagé, côté ukrainien, à la sortie de Zolote[i], puis le dernier check-point tenu par les militaires ukrainiens et appelé « poste zéro ». On roule ensuite sur une route, autrefois goudronnée, mais totalement défaite, bordée de maisons individuelles. Certaines sont endommagées, d’autres abandonnées, d’autres encore habitées par des civils ou squattées par des militaires. Des panneaux de signalisation rouges à tête de mort blanche mettent en garde « Attention aux mines ! ».

Village détruit, Ukraine from carnetsdeterrain on Vimeo.

En cette fin d’avril 2017, les membres de la mission humanitaire de Vostok SOS, une ONG ukrainienne d’assistance aux civils de la zone grise, livrent ici des colis alimentaires et des produits d’hygiène. Une soixantaine de personnes attendent cette distribution à l’entrée du club du village, une bâtisse imposante à grandes colonnes et à toiture refaite. Nous apprendrons plus tard que sa réfection était financée, peu avant le conflit, par un député du Parti des régions en quête de soutiens électoraux.

Plusieurs femmes nous accueillent au club. Larysa, 51 ans, bénévole rongée par l’angoisse que les tirs ne reprennent en pleine distribution de l’aide humanitaire. Olena, 45 ans, directrice du club. Iryna, 67 ans, retraitée et chanteuse-soliste. À mesure que la distribution avance dans le calme, les trois femmes s’engagent plus activement dans la discussion, livrent des éléments sur leur quotidien dans la zone de conflit.

Elles racontent avant tout une Katerynivka qui se meurt petit à petit. Aucun transport ne la relie plus au monde extérieur. Certains se coordonnent avec les quelques voisins motorisés pour aller, une fois par mois, à Hirske, à une vingtaine de kilomètres, où ou encore à Lysytchansk, à 30 kilomètres, pour retirer de l’argent à une banque, acheter des médicaments, faire quelques autres emplettes et rentrer. D’autres marchent sur la route, le long des champs minés, jusqu’au « poste zéro », où ils attendent, en rase campagne et sous la menace de tirs, le passage d’un bus. Toute visite de personne non domiciliée au village, à l’exception des bénévoles ou des militaires, est interdite. Les ambulances n’ont pas le droit d’y rentrer. Les militaires restent le seul recours en cas d’une évacuation médicale d’urgence.

Le dernier magasin d’alimentation a fermé au début du conflit. Seule une petite épicerie privée ouvre ses portes, un jour sur deux, dans la matinée, près du « poste zéro ». Les locaux y achètent du pain, le reste étant peu abordable tant pour les retraités (60 % de la population) que pour les actifs au chômage depuis trois ans. Beaucoup d’entre eux vivaient avant de la vente de légumes ou de produits laitiers à Popasna, à 7 kilomètres d’ici. Mais la ligne de front traverse aujourd’hui la route qu’ils avaient l’habitude d’emprunter. Les aléas de la guerre leur imposent un détour de près de 37 kilomètres, acculant à la perte financière tout vendeur potentiel. D’autres trouvaient du travail dans la grande ville de Pervomaïsk, mais celle-ci se situe aujourd’hui en territoire séparatiste.

La survie ne tient donc qu’à un fragile équilibre entre la culture au potager et l’élevage de bêtes. Sauf que cultiver sous les tirs ou mettre ses vaches au pâturage dans des champs minés revient à jouer avec la mort pour essayer de maîtriser au moins quelque chose dans sa vie. Un villageois a déjà sauté sur une mine, en essayant de récupérer ses bêtes apeurées. L’aide humanitaire — « Fondation Akhmetov », ONG tchèque « People in need » ou encore CICR — est elle aussi d’un grand secours. Sauf que cette assistance est réservée à des catégories particulières (déplacés internes, personnes handicapées ou ayant perdu l’emploi, familles monoparentales), ce qui génère des tensions au village et divise ses habitants.

Larysa, Olena et Iryna nous racontent également l’insécurité physique permanente. Au « poste zéro » nous entendons des « ra-ta-ta-ta » réguliers d’une mitrailleuse, mais les locaux, y compris les enfants, n’y prêtent aucune attention. Des mois sous bombardements ont fini par banaliser toute violence « petit calibre ». C’est l’insécurité des allées et venues par une route exposée aux tirs qui a poussé les parents des quinze écoliers à les scolariser à Lysytchansk, à une trentaine de kilomètres d’ici. Toute une logistique élaborée — des appartements loués et la garde assurée à tour de rôle par les mamans — permet aux élèves de rester sur place pendant la semaine et de ne rentrer à Katerynivka que pour le week-end. Un schéma similaire a été mis en œuvre pour des enfants en bas âge qui vont, eux, à la maternelle de Zolote.

Nos interlocutrices s’épanchent aussi longuement sur les mouvements aléatoires de la guerre et leurs impacts sur le quotidien en zone de conflit. Après les combats intenses entre l’été 2014 et l’hiver 2015, les habitants de Katerynivka ont connu un calme relatif avec seulement des tirs sporadiques. Début 2017, la guerre s’est réinvitée ici avec fracas, rétrécissant le champ des possibles. Depuis, il est inconcevable de se projeter au-delà de l’instant présent. «Nous vivons dans une tension permanente, témoigne Olena. Lorsque je sors de chez moi, je ne sais pas ce qui m’arrivera cinq minutes plus tard. Me voyant à la porte, mon chien se met à hurler et me supplie du regard de ne pas l’abandonner. Je lui dis : “Chut! Je reviens! Attends-moi! ». Il y a des jours, ça tonne tellement fort dehors que je ne sors pas de chez moi. Je reste à l’intérieur et, lorsque les obus se couchent tout près, je saute dans la cave. Se terrer dans la cave procure une illusion de sécurité. Or ce n’est pas un abri sûr, si un obus frappe la maison».

Iryna n’a pas de cave dans sa cabane en rondins empilés, qui fait plus penser à une maison de campagne ou encore à une « datcha » : « Certains jours, les bombardements font trembler les murs. Je m’assois alors sur mon lit, à défaut de pouvoir m’abriter dans une cave, et j’attends que cela passe». À la mi-juillet 2014, Iryna et son mari se sont installés, comme à l’accoutumée, dans leur cabane pour des vacances prolongées. Lorsque la guerre a frappé, deux jours plus tard, leur ville de Pervomaïsk, ils ont décidé de rester à Katerynivka. Quarante-neuf autres habitants de Pervomaïsk venus, eux aussi, chercher un refuge temporaire dans leurs datchas y vivent depuis en permanence.

À la datcha d’Iryna, il n’y a ni eau ni gaz. Le chauffage est au charbon ou au bois, que des humanitaires, principalement le CICR, leur livrent régulièrement. Il y a l’électricité, mais avec des coupures régulières rythmées par les hostilités. En zone grise, un habitat aussi précaire est le lot habituel des civils. Iryna a laissé derrière elle son logement à Pervomaïsk : « Un appartement, un grand frigidaire, des choses accumulées au fil des années afin de vivre tranquillement à la retraite. Nous avons tout perdu en un instant. Impossible d’amener ici les biens qui nous restent là-bas. Si le lien entre l’Ukraine et les républiques séparatistes se rompt définitivement, on n’est pas sûr de pouvoir récupérer un jour quoi que ce soit».

Prises au piège de la guerre, les collègues d’Iryna connaissent elles aussi ce sentiment douloureux. Larysa, elle-même de Popansa, est venue à Katerynivka pour s’occuper de sa mère handicapée : « Si seulement je pouvais partir ! », répète-t-elle. La situation d’Olena est quelque peu différente, mais si tout aussi antinomique du départ : c’est elle qui a fait transporter de Louhansk à Katerynivka sa mère, opérée de la hanche et depuis immobile. Mais ce départ imaginé est aussi difficile à mettre en œuvre lorsqu’on n’a pas de moyens : quelques familles parties au début du conflit sont revenues à Katerynivka où elles ont au moins un logement.

Les trois femmes opèrent aussi une distinction nette entre leur « vie d’avant la guerre » et leur « vie d’aujourd’hui » avec une nostalgie poignante pour l’« avant » et leurs libertés perdues : « Nous étions libres de nos mouvements. Nous pouvions nous promener dans les champs ou cueillir des baies dans les bois. Aujourd’hui, tout nous est interdit. Nous sommes comme encerclés avec des champs minés tout au autour ou des militaires des deux côtés qui ne nous laissent pas passer », soupire Olena. « Je voudrais tellement pouvoir emprunter la route, courte et familière, jusqu’à Popasna. Je voudrais pouvoir aller à Zolote sans avoir à traverser un check-point et un poste-frontière. Je voudrais tellement que des personnes, autres que des bénévoles, puissent nous rendre visite », renchérit Larysa. Tout contact avec le monde extérieur leur rappelle d’ailleurs à quel point leur nouveau quotidien dans la zone grise est singulier : « Nous avons beaucoup changé. Je le remarque surtout, lorsque je sors d’ici pour aller à une réunion avec des collègues à Severodonetsk. Eux se tiennent droits et semblent apaisés, alors que nous sommes courbés, apeurés et prêts à sursauter à chaque chute d’objets », compare Olena.

Nos interlocutrices, tout comme d’autres habitants de Katerynivka, dressent, enfin, un état des tensions avec les soldats ukrainiens venus ici récemment, suite à une rotation, relever leurs collègues. Un modus vivendi peine à s’élaborer entre civils et militaires. « Ils ont occupé des maisons abandonnées dans notre voisinage immédiat. Ils tirent de ces maisons et provoquent l’autre côté. Une, deux, trois provocations et nous recevons ensuite la réplique. La brigade qui stationnait chez nous avant ne se comportait pas ainsi », dénonce Iryna. Elle pointe également la méfiance des militaires à l’égard des civils : «  Ils nous accusent de passer des informations aux séparatistes. Ils nous traitent collectivement de “séparatistes”. Certes, il y a des opinions divergentes parmi nous. Des discussions politiques, susceptibles de mettre à nu ces divergences, sont d’ailleurs évitées chez nous. Mais nous habitons tous du côté ukrainien de la ligne de contact».

À la fin de la distribution de colis, Olena, Larysa et Iryna improvisent une petite tablée : du saucisson et du fromage fait maison, des radis du potager, des chocolats, du thé. Une volonté à la fois de remercier, mais aussi de combler un manque terrible de sociabilités. Iryna, chanteuse-soliste de l’ensemble musical du village, se saisit du micro pour entonner une chanson.

Club à Katerynivka, Ukraine from carnetsdeterrain on Vimeo.

« Impressionnant !, s’exclame Larysa, le calme a tenu tout l’après-midi ! C’est certainement grâce à votre visite. Les deux côtés vous ont vu arriver au village. C’est comme avec l’OSCE, dont le passage au village est toujours synonyme d’un calme provisoire ». « Et si vous restiez chez nous ? », plaisante Olena. Quelques jours après notre visite, début mai, les hostilités ont repris à Katerynivka faisant un mort parmi les militaires, un blessé civil et endommageant plusieurs maisons.

[i] Les autorités pro-russes de la République populaire de Louhansk (LNR) refusent, elles, d’en ouvrir un de l’autre côté. Stanista Louhanska, à une centaine de kilomètres d’ici, accueillant ainsi le seul point de passage ouvert entre territoires loyalistes et la LNR.

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Un retour à Mezhyhirye

Mezhyhirye, ancienne résidence légendaire du Président Ianoukovitch. 127 hectares situés à une vingtaine de kilomètres de Kyiv. Après la fugue du chef de l’État, ce complexe de luxurieux bâtiments, d’infrastructures sportives, de parcs immenses a été nationalisé par le Parlement. Son statut juridique reste cependant incertain. À ce jour, aucun inventaire des lieux et des objets n’a été réalisé. Aucun financement public n’est versé. Le gaz a été récemment coupé. L’entretien des bâtiments et des parcs se fait, du coup, avec l’argent collecté grâce à la ventre des tickets d’entrée (20 hryvnya, soit près de 1 euro) ou encore grâce à des visites guidées (200 hryvnya). La vie du complexe tient aussi à des initiatives très privées. Initiatives des populations locales ou des déplacés internes, qui ayant fui la guerre du Donbass, sont venus s’installer ici à l’été. Mais aussi initiatives des anciens permanents du Maïdan tels que Petro Oliïnyk. C’est lui qui nous fait en ce dimanche 23 novembrela visite de « Khonka », ce grand « chalet » en bois présidentiel.

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Petro est rentré dans ces locaux dès l’annonce, le 22 février, de la fuite du maître des lieux. Il est l’un des derniers à rester sur place. Il se sent investi d’une grande mission. D’abord préserver les lieux des pillages. Dans la tourmente postrévolutionnaire, des groupes de l’Autodéfense mal identifiés, en charge de la sécurité du site, ont fait main basse sur des voitures de luxe et d’autres objets de valeur du complexe présidentiel. D’après Petro, il a quand même réussi à cacher quelques objets et donc à les sauver des mains de pilleurs.

 

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Faire découvrir au public l’opulence présidentielle est une autre mission de Petro. C’est lui qui avait élaboré le trajet de la visite. On rentre d’abord dans le complexe sportif avec un terrain de tennis et un ring de box. On s’arrête aussi au jardin d’hiver avec un lion empaillé. On visite également le spa présidentiel. On emprunte ensuite un passage sous-terrain pour se rendre dans le bâtiment principal. Un grand hall avec des armures de chevalier de style à la fois très européen et médiéval. Une salle de cinéma, une salle à manger avec une cheminée. Partout des meubles de fabrication artisanale. Un ascenseur avec des mosaïques au sol nous amène ensuite à l’étage. On découvre un énorme séjour avec des boiseries et des dorures. Petro agrémente la visite par ses commentaires concernant les différents objets et leurs valeurs. « Regardez ce piano à queue Steinway blanc avec la signature de John Lennon ; ce lustre aurait coûté 350 000 euros ; là nous avons un jux box au prix équivalent ». À l’étage supérieur, deux chambres à coucher, une chapelle avec des icônes, un bureau avec une collection de Chevtchenko, des toilettes : « Les WC en or ne sont qu’un mythe », coupe court Petro à la question d’un visiteur.

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Enfin, Petro, ce gardien des lieux, n’a de cesse de parler du régime malade de sa corruption où le Président lui-même se fait avoir : « Les objets d’art, il n’y comprenait rien. D’autres faisaient du business sur son dos. On lui vendait de tout, même du toc. On a aussi appris que le transport de son linge depuis l’aéroport jusqu’ici lui coûtait 600 euros. Enfin, ça coûtait à lui ou à l’Etat et donc à nous-mêmes …».

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La circonscription n°102 : le terrain de jeux pour enfants comme ersatz de confiance

La bataille électorale du 26 octobre est terminée. Les résultats officiels sont (presque) établis. Les feux sont éteints. Ayant conclu au caractère démocratique de l’élection, malgré les quelques manquements, les observateurs internationaux sont partis.

Dans la circonscription n°102, Oles’ Dovhyï est déclaré gagnant avec près de 29,90% de soutiens. Son principal adversaire, Andryï Lavrous’, appuyé localement par des journalistes et activistes du Maïdan les plus en vue —Mustafa Nayyem, Serhyï Leschenko et Svitlana Zalishchuk— n’obtient que 8,98 % de voix. Enfin, le candidat « virtuel » du Bloc Petro Porochenko, un ancien associé d’affaires d’Oles’ Dovhyï, recueille 12,33%. Son étiquette partisane a certainement joué en sa faveur, en lui attirant des voix d’électeurs qui aurait pu, potentiellement, soutenir Lavrous’. Elle a ainsi servi à couvrir une tromperie d’électeurs.

La victoire de Dovhyï va, à coup sûr, entrer dans les annales des processus électoraux en Ukraine. D’abord parce qu’elle confirme l’efficacité des registres clientélaires de la mobilisation d’électeurs et donc des échanges politiques de type « dons contre votes ». Pour gagner des soutiens à sa candidature, Oles’ Dovhyï a en effet distribué de nombreux « cadeaux ». Il a ainsi financé l’installation de terrains de jeux pour enfants, cherchant surtout à atteindre, « par ricochet », leurs parents-électeurs. Il a également parrainé des travaux de rénovation d’abris-bus ou de routes publiques, en mauvais état ici comme ailleurs.

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Photo publiée sur la page Facebook « Stop Dovhyï » : https://www.facebook.com/stopdovgyi

 L’achat de voix a aussi été pratiqué à large échelle. Un billet de 200 hryvnya (près de 13 euros) était offert à tout électeur prêt à signer une sorte de contrat, sans engagement autre que moral, à « rejoindre l’équipe de campagne d’Oles’ Dovhyï». Un autre billet de 200 hryvnya était promis en cas de victoire du candidat. Au total, cette campagne de distribution généreuse aurait coûté à Dovhyï, d’après les estimations les plus modestes, plusieurs millions d’euros.

Au regard de l’ampleur de la corruption, le Comité d’électeurs de l’Ukraine (KVU), un « watchdog» ukrainien en matière électorale, a appelé la Commission électorale centrale (CVK) à invalider le scrutin dans ce territoire. La CVK est cependant restée sourde à ces appels. Elle emboîte ainsi le pas à l’antenne locale du ministère de l’Intérieur qui n’a toujours pas donné suite à de nombreuses plaintes déposées au sujet de l’achat de voix par Dovhyï.

Cette victoire consacre ensuite une conception particulière des rapports de représentation. La confiance entre élus et électeurs en est totalement absente. Aux promesses, baptisées programmes, les électeurs ukrainiens préfèrent des rétributions immédiates. Ils attendent des candidats de leur choix, sinon de l’argent, du moins des réalisations concrètes qui améliorent leur cadre de vie. En effet, personne n’a plus de confiance en ce qu’un candidat, une fois élu, honore ses engagements de restituer des services à un appui électoral antérieur. À cet égard, les gratifications matérielles et/ou financières distribuées en amont du scrutin constituent un ersatz de confiance.

De leur côté, des candidats tels qu’Oles’ Dovhyï, considèrent la satisfaction cette demande sociale accrue comme un gage de leur victoire face à des concurrents. Ils ne lésinent pas sur les moyens et se livrent même parfois une bataille de moyens financiers investis en circonscription. En conséquence, se faire élire devient synonyme de donner, alors que voter suppose nécessairement de recevoir.

Les résultats sortis des urnes sont un coup rude pour le Maïdan et ses activistes. Dur d’accepter la victoire de celui que l’histoire toute récente de l’Ukraine devait plonger dans l’oubli. Dur aussi de se rendre à l’évidence de la prégnance sur le terrain d’anciennes conceptions et pratiques politiques. Dur, enfin, de supporter le cynisme débridé de la direction du Bloc de Petro Porochenko qui avait accepté de jouer la carte de la connivence avec Oles’ Dovhyï. C’est d’ailleurs sur la liste électorale de ce parti que nos trois « gardiens » du Maïdan —Mustafa Nayyem, Serhyï Leschenko et Svitlana Zalishchuk— se sont faits, eux-mêmes, élire au Parlement.

Cependant, leur détermination d’œuvrer, par leur implication en politique, aux nouvelles conceptions de la chose publique n’en est pas ébranlée. En sa nouvelle qualité de député de la Rada suprême, Mustafa Nayyem a pris un engagement en ce sens. Via Facebook, comme d’habitude, son principal outil de communications avec le public : « J’aurai assez de patience et de ténacité pour suivre de près cette affaire de corruption. Je veillerais à ce que les coupables soient punis. Ma première requête d’élu portera d’ailleurs là-dessus ».

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Dans la circonscrition n°102, deux mondes s’entrechoquent

Deux mondes s’entrechoquent dans la circonscription électorale n°102, au centre de l’Ukraine. Le monde du Maïdan, de ses idéaux et de ses aspirations au renouveau politique. Et le monde de compromissions peu honorables, du clientélisme et de la corruption.

Ce dernier monde est celui d’Oles’ Dovhyï, 33 ans, candidat indépendant au scrutin parlementaire du 26 octobre prochain. Malgré son jeune âge, Dovhyï est un personnage  à la réputation sulfureuse. En sa qualité de secrétaire de la rada municipale de Kyiv, il a participé, entre 2006 et 2011, à la gestion calamiteuse de la capitale par l’ancienne équipe du maire L. Tchernovetskiï. Il a aussi dirigé des opérations d’attribution frauduleuse de vastes terrains constructibles à des promoteurs immobiliers, parmi lesquels ses propres sociétés. Dovhyï s’est ensuite distingué lors du scrutin parlementaire d’octobre 2012. Alors candidat à l’élection dans l’une des circonscriptions de Kyiv, il a offert des gratifications généreuses, tant financières que matérielles, à ses futurs électeurs. De l’argent, des paniers de denrées alimentaires, des appareils à tension au bras, etc. étaient alors échangés contre des promesses de soutien.

Deux ans plus tard, Dovhyï réemploie ces mêmes registres de la mobilisation électorale, comme s’il n’y avait pas eu de Maïdan. Or, ce n’est plus dans la capitale qu’il recherche l’onction populaire, mais dans l’un des districts de la région de Kirovohrad. En effet, par les temps de radicalité qui courent, sa candidature risquerait d’attiser des colères à Kyiv au point de lui faire courir le risque d’être envoyé dans un bac à ordures.

 La situation est différente dans les territoires ruraux du centre de l’Ukraine. Peu connu des populations, Dovhyï peut se refaire ici une « virginité » politique et prétendre que son passé n’était qu’une erreur de jeunesse. Erreur qu’il cherche d’ailleurs à compenser par son patriotisme, cet autre registre de mobilisation très en vogue, qui renvoie au financement de l’effort de guerre. Le marasme économique avec près de 40% de chômage dans la circonscription joue aussi à la faveur de Dovhyï car il stimule une forte demande sociale vis-à-vis de tout candidat à l’élection. Et c’est cette demande que Dovhyï s’emploie à combler. Il finance l’installation des terrains de jeux pour enfants, ainsi que des travaux de rénovation d’abris-bus ou de routes publiques, en mauvais état ici comme ailleurs. Pour lui, il ne s’agit que de la bienfaisance, même si celle-ci a lieu en période de campagne électorale. L’achat de voix se pratique également à large échelle. Le candidat ne lésine pas sur les moyens. Un billet de 200 hryvnya (près de 13 euros) est offert à tout électeur prêt à signer une sorte de contrat, sans engagement autre que moral, à « rejoindre l’équipe de campagne d’Oles’ Dovhyï».

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 Le monde idéaliste du Maïdan

En face, il y a le monde idéaliste du Maïdan et de ses activistes. Ils sont près d’une vingtaine à concourir à l’élection sur des listes partisanes afin de promouvoir, de l’intérieur, l’agenda des réformes. Parmi eux, le journaliste Mustafa Nayyem qui a été le premier, à lancer par Facebook, le 21 novembre 2013, l’appel à la mobilisation protestataire contre le refus du gouvernement de signer l’Accord d’association avec l’Union Européenne. Il y aussi le journaliste d’investigation Sergueï Leschenko et Svitlana Zalishchuk, fondatrice du mouvement Chesno (Honnêtement) qui évalue la transparence des pratiques parlementaires. Tous les trois figurent en positon éligible —n°18 pour Zalistchuk, n° 19 pour Leschenko et n°20 pour Nayyem[i]—de la liste partisane du Bloc de Petro Porochenko (BPP), donnée largement gagnante pour ce scrutin. Lire la suite

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#Тrashbucketchallenge ou quand le public outragé joue les justiciers

#trashbucketchallenge. Un hashtag des réseaux sociaux. Mais aussi un souci d’hygiène du milieu. L’hygiène du milieu politique et non naturel. D’où ce mode d’action, populaire et extrajudiciaire, donnant toujours lieu à cette même scène : un fonctionnaire corrompu ou un ancien élu du Parti des régions est attrapé, en pleine rue, par des protestataires outragés qui le jettent dans un bac poubelle.

C’est un fonctionnaire d’Odessa, Oleh Roudenko, qui a ouvert ce « bal des poubelles » le 5 septembre dernier. La réputation sulfureuse de corrompu lui colle à la peau . Fin août, il avait même été pris en flagrant délit par le Service de sécurité ukrainien (SBU), alors qu’il recevait un pot de vin de près de 30 000 euros en échange de ses services. La justice ukrainienne l’a d’abord suspendu dans l’exercice de ses fonctions. Puis elle est revenue sur sa décision, suite à un recours en appel du prévenu. Au final, Roudenko a repris son poste, après avoir versé une amende de près de 4 000 euros. Face à ce laxisme excessif des juges, ce sont les militants de Pravyï Sektor d’Odessa qui ont joué les justiciers.

Le 16 septembre, c’était le tour de Vitaliï Zhouravskiï, député de la Rada suprême et ancien membre du Parti des régions, de passer par le bac à ordures. Ce jour-ci, près de trois cents protestataires s’étaient réuni sur le parvis du Parlement sous les bannières d’AutoMaïdan et de Pravyï Sektor. Ils sont venus ici réclamer le vote de la loi sur « l’épuration du pouvoir », la fameuse « lustration », qui a été la revendication phare de la révolution du Maïdan. Lire la suite

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Une rancoeur sourde monte en Ukraine vis-à-vis des déplacés de guerre

Une colère sourde monte en Ukraine. La colère vis-à-vis des déplacés de guerre qui fuient par dizaines de milliers le Donbass, à feu et à sang. Près de cinq mois après les débuts de la guerre, l’émoi suscité par leur arrivée retombe. L’élan de solidarité, pourtant exceptionnel dans les premiers jours, se tarit. Les dons se font rares. L’heure est aux discours de rancœur et non plus d’empathie.

À seulement 230 km de Donetsk, dans la ville industrielle de Zaporizhzhia, la rancœur est forte chez les populations locales. Encore hier, celles-ci se sentaient proches de leurs voisins des régions de Donetsk et de Louhansk. Aujourd’hui, sous l’effet corrosif de la guerre, les quelques 7 400 Ukrainiens du Donbass accueillis ici—sur un total de 24 000 pour toute la région—sont devenus des « étrangers ». Le processus de leur disqualification sociale s’est, en conséquence, enclenché, ici comme ailleurs.

Les déplacés chassés du Donbass par la guerre se trouvent, en effet, accusés de tous les maux. Ils refuseraient de travailler et vivraient, tels les assistés, de la solidarité des locaux. Ils seraient mécontents des conditions, pourtant généreuses, d’accueil. Ils réclameraient de meilleurs produits, des logements toujours plus confortables, un traitement de faveur. Un récent reportage de la télévision locale de Zaporizhzhia les a présentés sous les traits de locataires non-solvables et tricheurs. Difficile, en conséquence, de traiter avec des agents immobiliers et de trouver un logement en ville, même lorsqu’on a un peu de ressources.

Les hommes déplacés du Donbass se voient reprochés de ne pas vouloir s’engager et partir à la guerre. Ceci alors que des soldats d’ici sacrifient leurs vies pour défendre un territoire qui n’est pas le leur. Et cette rancœur en lien avec la guerre s’accentue chez les populations locales à chaque nouveau décès parmi les militaires de Zaporizhzhia. Elle se mue aussi en actions de protestation des mères de soldats. En août, puis en septembre, celles-ci sont sorties dans la rue pour réclamer qu’une rotation d’effectifs soit réalisée et que leurs fils, déployés au front depuis plusieurs mois, rentrent chez eux. Pour canaliser cette colère, le gouverneur de la région, Valeriï Baranov, a même demandé une accélération de la procédure de recensement d’hommes mobilisables parmi les migrants du Donbass. Au terme de cette opération, 30 personnes ont été appelées, début août, sous les drapeaux sur près de 1000 potentiellement concernées. Lire la suite

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